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Gatsby le magnifique (The Great Gatsby)

Un film de Baz Luhrmann
Avec Leonardo DiCaprio, Tobey Maguire, Carey Mulligan

Ce film fait l'ouverture du Festival de Cannes 2013.

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L’histoire se passe à New York en 1922. Les années folles : jazz et tango, cinéma et alcool de contrebande, les robes et les cheveux qui raccourcissent, la première révolution sexuelle... Le jeune Nick Carraway fraichement débarqué, a pour voisin Jay Gatsby, un mystérieux millionnaire sorti de nulle part, qui donne de grandioses fêtes mondaines et semble poursuivre un objectif secret. Une histoire de passion amoureuse, de jalousie et d’illusions.

Le film est l’adaptation d’un des plus célèbres romans de toute la littérature américaine. Après un précédent dans les années 70 avec Robert Redford dans le rôle titre, c’est Baz Luhrmann qui s’y risque. Il fait un film qui lui ressemble, grandiose visuellement, bruyant, faussement superficiel, et tragique – et à mon sens fidèle au roman.

Je ne fais pas partie des fanatiques de Fitzgerald ; je n’ai lu pour la première fois Gatsby que récemment, et ce n’est pas celle de ses œuvres que je préfère. C’est peut-être aussi pour ça que je n’ai pas hurlé au crime de lèse-majesté comme beaucoup de spectateurs.

Le film est visuellement éblouissant. C’est la splendeur des années folles, leur passion pour les diamants, les tissus brillants, les coupes audacieuses et les maquillages extravagants. L’usage des couleurs saturées dans certaines scènes m’a beaucoup plu : le rouge de l’appartement de Myrtle, le bleu de la piscine, les feux d’artifices…

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En anglais, « les années Folles », ce sont « The Roaring Twenties », ça suggère la passion et la frénésie, l’excès et la musique trop forte qui ne cherche pas l’harmonie mélodieuse, et les danses aux mouvements frénétiques. Alors la bande son hip-hop et le montage hystérique ne m’ont absolument pas choqué.

J’ai aimé la façon, typique du vieil Hollywood, de filmer la beauté des acteurs et des actrices, en particulier celle de Di Caprio, de les costumer de façon sublime, de parer les femmes de bijoux somptueux.
Bref, je trouve que le film offre un véritable plaisir sensuel pour les yeux, en particulier pour quelqu’un qui aime la mode et le design de cette période : costumes, bijoux, voitures, intérieurs des villas, des appartements ou des restaurants…

Il y aussi le plaisir intellectuel de voir comment un réalisateur choisit de représenter à l’écran les passages les plus célèbres de ce roman culte, que j’avais trouvé si évocateurs et si visuellement séduisants : les rideaux qui dansent dans le vent lors de la première apparition de Daisy, la première cuite du héros, chez Myrtle, la première soirée chez Gatsby, les yeux géants…

Oui, bon, il y a des effets appuyés un peu lourdauds (les lettres qui prennent vie sur la page d’un manuscrit et s’envolent comme des flocons de neige, les ralentis…) mais je suis passé dessus.

Quand je disais que je ne suis pas une inconditionnelle du roman : en fait, j’ai été plus marquée par le film de Baz Luhrmann que par le roman lui-même. Le roman m’avait intéressé, mais ce qui me plait d’habitude chez Fitzgerald, dans ses nouvelles les plus réussies, c’est cette ironie méchante et sèche, qu’on ne retrouve que très peu dans Gatsby. Du coup, je me suis ennuyée et le manque de « chair » des personnages, volontaire chez Fitzgerald, m’avait du coup gêné, je n’avais retenu que leur côté tête-à-claque.

En voyant le film de Baz Lhurman et la prestation de Di Caprio, le roman s’est incarné pour moi, et j’ai été touchée. Je n’ai pas pleuré en voyant Gatsby, mais trois jours plus tard, j’en avais encore le cœur serré.
Un des aspects qui a aussi attiré mon attention, et qui forcément m’a plu (on ne se refait pas), c’est que Baz Luhrmann a choisi de mettre en avant une question qui n’est que suggérée vaguement par Fitzgerald. Pour moi, dans le film, Nick Carraway, le narrateur, est amoureux de Gatsby. D’une façon platonique, secrète et à sens unique, certes. Je crois être objective en affirmant cela, mais l’opinion d’autres personnes m’intéresserait beaucoup.

Ma scène préférée du film (une des plus célèbres du livre), où on rencontre Gatsby pour la première fois, par les yeux du narrateur, met en scène un coup de foudre. Bon sang, c’est une nuit magnifique, un bal somptueux sous un feu d’artifice, un orchestre déchainé joue le final triomphal de Rhapsody in blue. Et Léonardo Di Caprio adresse à Nick (et en même temps à la caméra) un sourire irrésistible, ce sourire qui est le propre de Gatsby. Nick a l’air littéralement ébloui.
Cette impression est amplifiée par le fait que, dans le livre, Nick est un peu amoureux de la garçonne Jordan. Dans le film, il la trouve surtout « terrifiante » (sic), ne flirte pas vraiment avec elle, et le personnage passe complètement au second plan.
Et puis il y a son admiration pour Gatsby, la façon dont il est obsédé par lui des années après, et le fait que c’est lui qui choisit de le caractériser de « magnifique »… (Bon, j’arrête).

Sinon, j’avoue être un peu décontenancée par les critiques qui trouvent le film clinquant, plein d’esbroufe, superficiel et j’en passe. Alors que Fitzgerald dépeint précisément un monde d’artifice qui ne cache que le vide. Le roman met précisément en scène des soirées somptueuses, mais vaines et vides, et le dégoût final qu’en ressent le narrateur. Le personnage de Daisy est l’un des plus superficiels jamais conçus, elle est absolument soumise aux conventions, elle n’a rien d’une amoureuse passionnée. C’est une fille bien née et bien éduquée, un produit de sa classe sociale, qui ne comprend pas la passion exclusive et absolue que lui voue Gatsby. Et Gatsby est un personnage solaire, tendu vers un idéal, et donc romantique, mais pourtant creux, aveugle, tourné vers le passé, un jeune homme déjà vieux.

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P.S. Je crois, en y réfléchissant à tête reposée, que j’ai trouvé ce qui a provoqué en moi un déclic lors de la première apparition de Gatsby. Le costume, la haute taille, l’expression de supériorité triomphante mais cordiale, et surtout ce sourire irrésistible : il m’a fait penser à Orson Welles jeune (dans Citizen Kane ou dans Le Troisième homme). D’ailleurs j’ai toujours trouvé que Charles Foster Kanes ressemblait beaucoup à Gatsby : la mélancolie, la solitude, le génie, la démesure, le palais extravagant, les malheurs amoureux.
Et comme je suis amoureuse d’Orson Welles depuis mon adolescence, la boucle était bouclée.

Vee

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Comments

( 8 comments — Laisser un commentaire )
gribouille
May. 23rd, 2013 11:43 pm (UTC)
Je n'ai pas vu le film, j'ai entamé le livre y a un moment mais l'ai un peu laissé tomber, mais j'en retiens aussi cette impression de fêtes vides et de personnages fades et un peu superposables en fait.... si ce n'est que moi aussi je suis persuadée que Nick est amoureux de Gatsby !!
veectoria_f
May. 24th, 2013 07:28 pm (UTC)
Nous, les fangirls, nous savons !
zazaone
May. 24th, 2013 05:56 am (UTC)
Quand on est réalisateur, auteur, comment rendre compte de l'ennui, du vide sans être creux ? Sacré problème !
En tout cas, ce que tu écris de ce film me donne envie de le voir. Je crois que Baz Luhrmann a tendance à provoquer des réactions fortes chez ses spectateurs : on aime ou on déteste ses films mais ils laissent rarement indifférent.
veectoria_f
May. 24th, 2013 10:43 pm (UTC)
Ben si tu le vois, tu me donneras ton avis, ça m'intéresserait !
ys_melmoth
May. 24th, 2013 11:53 am (UTC)
Très belle critique, qui exprime très exactement ce que j'aurais pu dire moi-même de ce film.

Le livre, lu il y a trop longtemps et sans doute trop jeune, ne m'a laissé aucun souvenir et je serais bien incapable de faire la comparaison. De toute façon, il me semble qu'un film de Luhrman doit être appréhendé comme un film de Luhrman beaucoup plus que comme une adaptation. Mais en l'occurrence, il rend la beauté, la frénésie, la vacuité de cet univers avec beaucoup de panache et de pertinence - avec un glamour hollywoodien qui colle fort bien au propos. Di Caprio est excellent, comme toujours, et il réussit même à redevenir beau, ce qui n'était pas arrivé depuis bien longtemps ! Et le plus exceptionnel est peut-être que le film réussisse à me rendre attachant le personnage de Daisy, que je devrais détester mais que j'ai trouvé très humaine et très touchante dans son incapacité à être à la hauteur de l'homme qui l'aime. A son égard, je suis finalement beaucoup moins sévère que le narrateur : Gatsby est trop - trop magnifique, trop romantique, trop absolu - et elle n'est qu'humaine, peut-être plus enfantine et fragile que réellement superficielle. Ce doit être terrible d'être aimée d'un personnage comme lui, de l'aimer trop pour pouvoir le repousser, mais pas assez pour s'élever à la hauteur de ses attentes.

Quoi qu'il en soit Gatsby aurait bien mieux fait de tomber amoureux du cousin que de la cousine XD Je suis pleinement d'accord avec toi quand tu dis que Nick est amoureux de Gatsby, et je trouve assez ambiguë, aussi, la manière dont Gatsby considère celui-ci. La manière dont il l'observe derrière les vitres de son château, le statut privilégié qu'il lui accorde dans son univers. Certes, cela se justifie par le fait qu'il soit un proche de sa bien-aimée, susceptible de la rapprocher de lui, mais d'une certaine manière, c'est un peu comme si l'amour qu'il éprouve pour elle s'étendait au cousin lui-même, en faisait un peu plus qu'un complice et ami.

En tout cas, maintenant, il faut que je relise le bouquin !

veectoria_f
May. 24th, 2013 10:56 pm (UTC)
Rooh ! "Très bonne critique", tu vas me faire rougir ! (de la part de quelqu'un qui écrit aussi bien que toi, en plus).

Pour moi la grande bonne surprise du film a été Di Caprio que je n'avais pas trouvé bon depuis "Aviator" (dans lequel il se prenait d'ailleurs déjà pour Orson Welles.) Et c'est vrai que sa beauté est vraiment magnifiée comme rarement.

L'impression que j'ai eue en voyant le film, c'est justement que c'est avant tout une adaptation et pas uniquement un film de Baz Luhrmann. Je trouve le réalisateur incroyablement respectueux de l'oeuvre de départ ; c'est peut-être même un hommage plus qu'une adaptation, un culte qu'il rend à son bouquin préféré.

Et moi aussi, ça m'a donné envie de relire le bouquin ! (même si je l'ai lu le mois dernier).
ys_melmoth
May. 24th, 2013 11:55 am (UTC)
(Bon. Par contre, j'avoue que la fin, dans la piscine, m'a fait penser à Titanic. Ca m'a un peu cassé l'ambiance, du coup XD)
ceciliacornwell
May. 24th, 2013 08:14 pm (UTC)
C'est vraiment amusant de voir comme un même film peut provoquer des réactions aussi différentes - au point que je me demande si nous avons bien vu le même ^^

Parce que sans aller jusqu'à 'nul', je dirais que j'ai trouvé ce Gatsby là 'très décevant' (voire carrèment mauvais parfois: le montage par exemple, arf!)
(Dieu sait pourtant que je suis indulgente d'ordinaire)

Ce qui m'a déçue ? Ce n'était ni tout à fait du Fitzgerald, ni tout à fait du Baz Luhrmann (personnellement je n'ai pas ressenti la folie des années 20 - où était le délire visuel, sensoriel même de Moulin Rouge par exemple ?!)
Un film tiédasse donc, et par conséquent immanquablement décevant (le raccourcir d'une bonne demi-heure aurait déjà été pas mal)

Cela étant dit, le film possède des qualités indéniables: des costumes et décors fastueux, une bande-son sympa et surtout des acteurs formidables (DiCaprio, Mulligan, Maguire)

Je suis presque déçue d'avoir été déçue en fait... :/

Heureusement il me reste le roman ^^ (dans lequel il est très clair que Nick est amoureux de Jordan et de personne d'autre - il suffit de relire les dernières pages ;)



Edited at 2013-05-24 08:17 pm (UTC)
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